Mladic et le « déshonneur serbe »
Cela prend du temps, mais on y arrive.
Surtout lorsqu’on nous laisse travailler à notre rythme et, surtout, à notre manière. C’est ce que disaient – et disent toujours – les responsables serbes concernant les criminels de guerre en cavale. Aujourd’hui plus que jamais, on leur donnera raison.
En 2008, la police serbe arrêtait devant une station de bus de Belgrade un homme portant barbe et catogan, à priori sans histoires. C’était Radovan Karadzic, le « docteur fou » de Pale, l’éphémère capitale des Serbes de Bosnie pendant la guerre. Le 26 mai 2011, les forces spéciales serbes investissaient une maison de Lazarevo, au nord de la Serbie, pour y appréhender « sans résistance aucune » le « bourreau de Srebrenica », à savoir le chef militaire Ratko Mladic.
Cet homme, recherché depuis plus de quinze ans pour crimes de guerre, n’était donc ni en Russie, ni au Kazakhstan ; encore moins dans son ancien fief, la Republika srpska, ou dans un monastère niché dans les montagnes du Monténégro. Il se cachait derrière le portail en fer rouillé d’une maison quelconque, dans un village quelconque, comme la Serbie en compte par centaines. On ne connaît pas, pour l’instant, le prélude à cette arrestation : pourquoi dans ce village précisément, pourquoi maintenant ? La radio emblématique de Belgrade, B92, suggère néanmoins que la récompense de 10 million d’euros promise par les autorités pour toute information concernant le fugitif aura certainement pesé dans la balance… D’ailleurs, à qui ira-t-elle ?
Loin de ces préoccupations matérielles, le président serbe, Boris Tadic, a poussé un véritable ouf de soulagement ce jeudi 26 mai. Cette capture « lavera le déshonneur de la Serbie » a-t-il déclaré, mettant une fois de plus les mots justes sur ce qui s’est passé dans la région les vingt dernières années. Mais cette fois, ce n’étaient pas que des mots. Ce qui n’a pas empêché l’hebdomadaire Vreme, cette mouche du coche de la presse serbe, de s’interroger sur « l’exploitation politique » de cet événement.