Chili, l'esthétisation de la manifestation, outil de combat
Il ne suffit plus de manifester aujourd’hui. Tout aussi important est de savoir mettre en scène la protestation pour diffuser une image à son avantage et ainsi court-circuiter le circuit traditionnel de l’information. Cette vidéo, sur les manifestations chiliennes de la semaine dernière, maîtrise de manière parfaite ce nouvel esthétisme, esthétisme qui devient un outil de combat pour imposer sa vision des faits.
Le 13 mai dernier, 30 000 personnes ont protesté à Santiago contre un projet polémique de barrages hydroélectriques en Patagonie, une des manifestations les plus importantes du pays ces dernières années selon l'AFP.
La vidéo, intitulée «au Chili, la démocratie a l'odeur des gaz lacrymogènes», montre un seul point de vue: celui des manifestants. Sur une musique entraînante, avec des tambours qui accentuent le côté guerrier, le message est clair: c’est eux contre nous, le bien contre le mal, les faibles contre l’Etat puissant. C'est eux qui viennent armés alors que nous nous allumons des bougies. Les policiers sont le plus souvent immobiles. Ils incarnent le passé conservateur replié sur lui-même, tandis que les jeunes bougent, crient, se déplacent. Ils vivent.
Le message de la chanson - du groupe suédois Peter Bjorn and John - entre nihilisme et nouvel espoir, est explicite: c’est maintenant qu’il faut faire la révolution.
Le refrain dit ainsi:
«It's too late
But tomorrow has to wait
It's the time of your life
So tomorrow has to wait
Tonight's the night
And tomorrow is a million miles away»
En français:
«C’est trop tard
Mais demain doit attendre
C’est le moment de ta vie
Donc demain doit attendre
Cette nuit est LA nuit
Et demain est à des millions de kilomètres»
Des révolutions arabes aux manifestations de la jeunesse européenne, cette volonté d’esthétiser le combat en direct puis sur les réseaux sociaux est devenue centrale pour les mouvements protestataires.