Le soutien trop timoré aux démocraties arabes
On ne saurait imaginer plus bel objectif pour le G8 de Deauville que d'accompagner et d'encourager les printemps arabes. En effet, les transitions tunisienne et égyptienne sont loin d'être parvenues à leur terme; elles resteront durablement sous la menace de crises sociales propices à des mécanismes contre-révolutionnaires, voire à l'émergence de populismes casqués et bottés.
Le risque existe. Les grandes puissances réunies au bord de la Manche ont donc raison d'y consacrer une partie de leurs travaux. Tardif, mais désormais incontestable, leur soutien à ces nouveaux émergents qui promeuvent sur la rive sud de la Méditerranée les idéaux assez universels de la démocratie est des plus louables.
Pourtant, il y a fort à parier – et à redouter – que l'empathie et la sympathie vis-à-vis de sociétés civiles trop longtemps considérées comme quantité négligeable restent un facteur marginal dans le grand jeu en cours entre la soif de réformes et la chape de plomb des conservatismes.
Tout d'abord parce que les pays rassemblés à Deauville n'ont plus guère les moyens de politiques extérieures prodigues, même si les sommes en jeu sont presque dérisoires par rapport aux gouffres financiers que constituent les engagements militaires occidentaux en Irak et en Afghanistan.
Ainsi, l'aide sollicitée par les Tunisiens – et ils ne se privent pas de le dire – correspond à deux mois de dépenses américaines à Bagdad. Une misère.
Certains pays arabes disposent, certes, de moyens considérables pour appuyer le mouvement historique qui s'est mis en branle au Maghreb comme au Machrek. Mais ce serait se bercer d'illusions que d'imaginer les monarchies absolues du Golfe se portant au secours de révolutionnaires décidés à régler leur compte aux Etats pyramidaux, autoritaires et accessoirement kleptocrates dont elles constituent une variante tempérée par la rente pétrolière.
Les aspirants démocrates arabes risquent de devoir d'autant plus compter sur eux-mêmes que les Occidentaux n'ont rien d'un bloc compact et cohérent – sans même mentionner le cas de l'invité russe, qui n'aime guère les révolutions depuis quelques décennies déjà.
Quand le pilonnage des bastions libyens de Mouammar Kadhafi se combine avec des sanctions ouatées contre un régime syrien forgé sur la répression sanglante de ses contestataires, il est bien difficile de s'y retrouver.
Et ce n'est pas le dossier israélo-palestinien qui fournira d'autres raisons d'espérer dans cette région du monde. Là encore, les divisions sont patentes parmi les Etats rassemblés à Deauville, entre ceux qui, de guerre lasse, sont prêts à reconnaître symboliquement un Etat palestinien en septembre, lors de l'Assemblée générale des Nations unies, et ceux qui entendent s'y opposer au motif que seules des négociations peuvent permettre cette naissance trop longtemps retardée.
A vrai dire, après le discours du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, devant un Congrès américain acquis à sa cause, on ne voit guère qui pourrait encore négocier quoi.